Individus dans un bureau en train de discuter et se serrer la main
‹ Voir toutes les actualités
17 avril 2026

Investir pour l’avenir : le secteur financier se décarbone

À quel secteur pensez-vous spontanément si vous lisez « changements climatiques »? Les industries lourdes, le transport, l’agriculture, l’exploitation de ressources naturelles… avez-vous pensé aux institutions financières? La contribution du secteur financier aux changements climatiques peut sembler abstraite, mais elle est pourtant bien réelle.

En structurant l’allocation du capital, la finance façonne concrètement l’économie réelle : elle fait circuler les fonds, finance les projets et influence les décisions des ménages, des entreprises et des gouvernements. Cela inclut aussi le financement d’activités qui contribuent aux émissions de gaz à effet de serre.

Pour cette même raison, le secteur financier constitue un levier central de la transition climatique. En réorientant là où va l’argent, il peut soutenir des activités compatibles avec une trajectoire bas carbone.


L’impact du secteur financier sur les changements climatiques se manifeste à deux niveaux : ses opérations et, surtout, les activités qu’il finance.

1) Les émissions de carbone liées aux opérations

Il s’agit des émissions directes associées aux activités internes :

  • L’énergie utilisée pour opérer les bureaux (chauffage, climatisation) ;
  • Les déplacements du personnel (domicile-travail et voyages d’affaires) ;
  • L’organisation d’événements, incluant la logistique ;
  • Les infrastructures numériques (hébergement de données, serveurs) ;
  • Les achats de biens et de services.

Ces émissions sont relativement faciles à mesureret sont déjà en cours de réduction dans de nombreuses organisations, souvent avec des gains concrets d’efficacité opérationnelle. Les réduire équivaut souvent à investir dans des alternatives menant à une réduction des coûts associés.

Par exemple, l’installation de thermopompes, de fenestrations plus étanches et de thermostats électroniques permet de réduire les besoins en chauffage et donc les coûts en électricité. De plus, des programmes comme Solutions efficaces d’Hydro-Québec permettent de subventionner ces investissements, permettant ainsi des gains à très faible coût!5

Vous souhaitez découvrir plus concrètement ce que vous pouvez faire pour réduire vos émissions opérationnelles? IMPACT prépare des formations spécifiques par fonction d’entreprise, dont les premières seront livrées à l’automne 2026. Restez à l’affût!


2) Les émissions financées, ou la part cachée de l’iceberg

L’essentiel de l’empreinte du secteur se situe ailleurs : dans les activités qu’il finance, assure ou soutient. Chaque décision de financement ou d’investissement contribue à des activités plus ou moins émettrices.

Par exemple : le financement d’un nouveau gisement pétrolier rend possible une chaîne complète d’émissions :

  • Extraction ;
  • Transformation ;
  • Transport ;
  • Combustion.

Cet exemple n’est pas hypothétique. Au Canada seulement, entre 2021 et 2024, au moins 438,5 milliards de dollars ont été investis dans les énergies fossiles.6

De la même façon, le rôle d’orientation des capitaux de la finance lui permet aussi d’accélérer la transition.Le secteur financier peut financer les technologies propres, les infrastructures bas carbone, les solutions de résilience et soutenir les entreprises qui innovent — et de façon générale déployer les fonds requis pour la décarbonation. En intégrant la durabilité, il est possible de conjuguer rendements financiers et réduction des risques climatiques.

Bref, ce rôle d’allocation du capital place le secteur financier au cœur du problème, mais en fait aussi un acteur-clé de la transformation bas carbone.

La gestion des risques est au cœur des décisions financières. Or, les conséquences économiques des changements climatiques sont déjà claires. Pour le secteur financier, ça veut dire que le climat est maintenant un facteur de risque structurant. Il se manifeste essentiellement de deux façons.7

Les risques physiques :Ce sont les impacts directs des changements climatiques. Feux de forêt, inondations, tempêtes extrêmes, hausses du niveau de la mer et tous les impacts de ces évènements sur la santé publique et la dégradation des infrastructures, entre autres. Ces risques influencent directement :

  • La valeur des placements à risque (par exemple, une usine opérant dans une zone propice aux inondations) ;
  • La probabilité que certains emprunteurs fassent défaut (par exemple, si les sûretés auxquelles sont adossés les prêts sont endommagées) ;
  • Les coûts d’assurance (et les indemnisations liées aux dommages plus fréquents et sévères) ;
  • Les opérations et chaînes de valeur des entreprises du secteur, si elles sont directement touchées par les phénomènes en question.

Les risques de transition :Ils émanent de la transformation de l’économie à risque et du risque de ne pas suivre la vague. Par exemple :

  • La valeur des actifs exposés (par exemple la perte de valeur des actifs fossiles due à la transition énergétique, ou la dépréciation d’obligations d’entreprises pétrolières à mesure que les politiques climatiques se resserrent) ;
  • La rentabilité de certains modèles d’affaires (des coûts additionnels comme une taxe carbone peuvent affecter la rentabilité, ou augmenter le risque de défaut des emprunteurs exposés aux industries à forte intensité carbone) ;
  • L’accès au financement (dans le cas où les critères de sélection incluent des requis de durabilité, ou lorsqu’une institution sans politique ESG formelle perd des mandats au profit de concurrents mieux positionnés).

Ces risques sont de plus en plus intégrés dans les pratiques du secteur de la finance. Ils ne relèvent pas uniquement d’enjeux environnementaux. Ils touchent directement la performance financière et la gestion à long terme.

Au Québec, le Plan pour une économie verte 2030 compte explicitement sur le secteur financier pour mobiliser du capital vers la transition :

« Le milieu financier est engagé pour intégrer les risques climatiques, qui selon le cours normal des affaires auront des coûts croissants, dans les décisions d’investissements. […] Mobiliser stratégiquement les actifs détenus par les investisseurs institutionnels permettra de soutenir l’industrie québécoise de la gestion d’actifs spécialisée dans l’investissement responsable, intégrant notamment les facteurs ESG (environnement, social et gouvernance), et ainsi de maximiser les retombées au Québec. »8

Ignorer le risque climatique, c’est fragiliser la performance financière à long terme. L’intégrer, c’est investir dans la résilience.

Au fil des 25 dernières années, la prise en compte des enjeux climatiques en finance s’est progressivement structurée. À mesure que les risques climatiques se sont imposés comme des facteurs financiers, le secteur a développé des cadres communs, des outils et des pratiques pour mieux les intégrer dans ses décisions.

Voici quelques jalons importants qui ont orienté les pratiques du secteur :

Ces initiatives contribuent à établir un langage commun, harmoniser les pratiques et clarifier les attentes envers les organisations.

Des institutions québécoises déjà engagées

Montréal est la première place financière durable en Amérique du Nord, un titre qui reflète l’engagement concret du secteur financier québécois.9 Plusieurs acteurs québécois ont déjà intégré les enjeux climatiques dans leurs stratégies et leurs pratiques.

Fondaction

Fondaction oriente ses investissements vers des entreprises et des projets contribuant à la transition. Cette approche se reflète notamment dans une intensité carbone de portefeuille inférieure d’environ 59 % à celle d’un portefeuille comparable.10

La Caisse

La Caisse a atteint ses cibles de réduction d’intensité carbone de portefeuille plus rapidement que prévu. Elle vise désormais à soutenir la décarbonation de l’économie en prévoyant des investissements de l’ordre de 400 milliards de dollars d’ici 2030 dans des actifs compatibles avec une trajectoire bas carbone.11

Beneva

Beneva intègre les enjeux climatiques dans ses pratiques d’assurance. Certaines approches, comme la réparation et la réutilisation après sinistre, permettent de limiter les impacts environnementaux tout en influençant les coûts et la gestion des risques.12

Mais qu’est-ce qu’une PME peut faire? La même logique s’applique, peu importe la taille : commencez par comprendre votre empreinte carbone pour miser sur les solutions les plus payantes – en termes de réduction des émissions de carbone, mais aussi en termes de rentabilité. Pour vous aider dans vos premiers pas, IMPACT met à disposition un outil qui facilite la réalisation de votre premier bilan et des rencontres avec une personne d’expérience pour vous accompagner dans le passage à l’action.

En savoir plus

Le secteur avance, mais le travail n’est pas terminé. L’intégration des enjeux climatiques progresse, mais les pratiques restent inégales. Les risques climatiques s’intègrent progressivement aux décisions financières et influencent déjà la valeur des actifs et les perspectives de rendement. Dans ce contexte, la décarbonation s’inscrit d’abord comme un enjeu de gestion du risque et de pérennité.

Les entreprises du secteur financier ont trois grands chantiers devant elles.

1) Décarboner les portefeuilles

Une première étape est de continuer à intégrer les deux catégories de risques dans les processus de décisions : risques de transition et risques physiques. Une fois cette analyse réalisée, l’ensemble des décisions d’investissement doivent être réconciliées. Il ne s’agit pas uniquement d’avoir un portefeuille décarboné parmi d’autres : tous devraient tendre vers cet objectif, pour éviter des contradictions pouvant affecter négativement la performance.

Ce n’est pas une révolution du jour au lendemain. C’est un travail de précision, graduel et constant.

2) Réorienter les flux de capitaux

En faisant évoluer les critères d’analyse des risques et en les uniformisant, les actifs devraient être réalloués vers des alternatives à faible empreinte carbone ou qui contribuent activement à réduire les émissions. On y compte aussi les infrastructures propres ou les solutions qui augmentent la résilience des infrastructures, des services, des chaînes d’approvisionnement face aux changements climatiques.

Encore une fois, c’est une question de cohérence pour réduire les risques sur l’ensemble des pratiques d’affaires.

3) Se transformer comme institution

Les institutions financières sont également amenées à faire évoluer leurs propres pratiques. Cela inclut :

  • La réduction de leur empreinte opérationnelle, notamment en termes de sobriété numérique et de choix des fournisseurs et prestataires selon des critères environnementaux;
  • L’intégration des enjeux climatiques dans la gouvernance : les changements doivent se refléter jusqu’aux plus hauts échelons  ;
  • L’alignement des incitatifs internes avec les objectifs de transition.

 La cohérence entre les engagements et les pratiques devient un facteur clé de crédibilité.

Le secteur financier joue un rôle structurant dans l’économie, influençant directement la trajectoire des investissements et des activités économiques. L’intégration des enjeux climatiques dans les décisions financières est déjà en cours et doit s’accélérer pour répondre aux défis croissants.

L’enjeu central est désormais la capacité du secteur à adapter ses pratiques à un rythme suffisant pour soutenir et accompagner la transformation en cours.

Vous souhaitez mieux comprendre les concepts de base de la décarbonation et le rôle des entreprises?

Consultez nos capsules IMPACT 101 : une série en quatre volets pour novices sur les thématiques des principaux défis sociétaux, des gaz à effet de serre, de l’adaptation climatique et des enjeux ESG plus larges. Un parcours rapide, intuitif et gratuit!

Accéder à IMPACT 101


  1. Statistique Canada (2025). Produit intérieur brut (PIB) aux prix de base, par industries, provinces et territoires ↩︎
  2. Statistique Canada (2026). Caractéristiques de la population active selon l’industrie, données annuelles (x 1 000) ↩︎
  3. Institut de la Statistique du Québec. Nombre d’entreprises actives au Québec ↩︎
  4. EPA. Greenhouse Gas Equivalencies Calculator ↩︎
  5. Hydro-Québec. Mesures écoénergétiques pour un bureau commercial ↩︎
  6. Montant investi par les banques canadiennes investiguées par la Banking on Climate Chaos Coalition. Comprend le financement accordé là où les données sont disponibles pour les entreprises et leurs filiales qui sont impliquées globalement dans l’extraction, le transport, la transmission, la distribution, la combustion, l’échange ou le stockage de carburants fossiles ou d’électricité produite par de l’énergie fossile. Banking on Climate Chaos (2025). Fossil Fuel Finance Report ↩︎
  7. Bureau du surintendant des institutions financières (2025). Gestion des risques climatiques ↩︎
  8. Gouvernement du Québec (2023). Plan pour une économie verte 2030 ↩︎
  9. Z/Yen (2025). The Global Green Finance Index 16 ↩︎
  10. Fondaction (2025). Rapport 2025 sur la transformation positive ↩︎
  11. Finance et Investissement (25 juin 2025). La CDPQ veut soutenir les efforts de décarbonation ↩︎
  12. Beneva (2024). Rapport d’impact  ↩︎
Partager

Aurélie Deveaux
Conseil, Analyse stratégique et coordination, Finance durable, Finance Montréal

Émilie Le Beuze
Conseillère principale, Mobilisation pour la finance durable et la biodiversité, Finance Montréal

Caroline Tremblay
Chargée de projet, IMPACT

Envie d'aller plus loin ?

Ces actualités pourraient aussi vous intéresser

Le secteur de la transformation aluminium se décarbone

10 mars 2026
Découvrez comment les entreprises de l'aluminium sont touchées par les changements climatiques et comment elles peuvent agir pour en ressortir gagnantes.
Lire la suite

EcoloPharm : transformer le marché pharmaceutique grâce à une solution écologique novatrice

15 avril 2026
Avant d’être une entreprise écoresponsable avant-gardiste, EcoloPharm était une entreprise familiale spécialisée en transformation de plastique. Lorsque Sandrine Milante la reprend en 2008, elle y apporte une vision ambitieuse : prendre un virage écologique.
Lire la suite

SESSION IMPACT : Décarboner, ça rapporte! Parlons retour sur investissement

06 mai 2026
Le 20 mai 2026 à 10h30, participez à la toute première Session IMPACT, une activité en ligne entièrement gratuite. Une occasion à ne pas manquer pour apprendre comment l'action climatique peut être un levier de performance financière pour les PME, et pour poser vos questions, sans tabous, à notre panel d'intervenants.
Lire la suite