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16 avril 2026

Quand santé et climat se renforcent positivement

Améliorer la santé et la qualité de vie des gens, c’est profondément motivant. C’est exactement ce que fait le secteur des sciences de la vie et des technologies de la santé (SVTS) au quotidien. En développant des médicaments, des technologies de pointe ou des solutions de soins plus accessibles, le secteur joue un rôle vital dans la société. C’est aussi un pan significatif de l’économie québécoise.

Depuis un certain temps et de plus en plus, une nouvelle occasion s’offre aux entreprises qui en font partie : contribuer à la santé des gens, mais aussi de notre atmosphère, en participant à la lutte aux changements climatiques. En effet, les impacts de ce phénomène sur la santé sont bien réels : diminution de la qualité de l’air liée aux feux de forêt, maladies infectieuses, stress thermique (canicules plus longues et sévères), difficulté d’accès aux aliments nutritifs, santé mentale (avez-vous entendu parler de l’écoanxiété?), et certainement plus à venir, malheureusement1. Le point positif dans tout ça, c’est que le secteur SVTS est parfaitement positionné pour être un moteur de solutions.

Oui, le réseau de la santé génère 3,6% des émissions québécoises de gaz à effet de serre. Oui, près de la moitié de ces émissions (43%) provient des entreprises de la chaîne d’approvisionnement, donc du secteur SVTS.2 Mais c’est aussi une formidable zone d’opportunités! Plusieurs entreprises au Québec ont déjà commencé à montrer la voie.

Le secteur SVTS au Québec en un clin d’œil

  • 6,5 milliards $ de contribution au PIB du Québec en 20223
  • 39 940 emplois4
  • 753 entreprises, dont 740 sont des PME5
  • 62,000 tonnes de CO2e émises en 2023 pour la fabrication de produits pharmaceutiques et de médicaments6

Les émissions de gaz à effet de serre peuvent venir de plusieurs sources. En premier, il y a celles qui sont liées à la consommation d’énergie pour alimenter les laboratoires, les bureaux, les machines, les centres de distribution. Si cette énergie est de source fossile, cette empreinte sera beaucoup plus importante. Au Québec, notre électricité a une empreinte très faible en raison des centrales hydroélectriques, une source d’énergie propre et renouvelable.

Pour beaucoup d’entreprises du secteur SVTS toutefois, la majorité de l’empreinte carbone risque de se retrouver dans la catégorie dite « indirecte ». On peut y compter tout ce qui touche les émissions liées au transport de produits ou de personnes, mais aussi aux produits et matières premières achetés, et leur traitement en fin de vie. Dépendamment du type de produit et du point d’origine, la chaîne de valeur peut avoir une lourde empreinte avant même de franchir nos portes.

Une étude européenne sur l’industrie du médicament trace un portrait très utile des postes les plus émetteurs.7 Les proportions varient peut-être au Québec, mais la logique demeure similaire.

Les postes les plus à risque d’avoir une forte empreinte carbone sont :

  • 25% – Principes actifs (API)
    Souvent issus de matières premières fossiles, fabriqués dans des régions alimentées par des énergies carbonées.
  • 17% – Activités corporatives
    Bureaux, flotte de véhicules, TI, déplacements du personnel, logistique terrain.
  • 13% – Recherche et développement
    Essais cliniques, traitements, échantillons, transport, collecte de données.
  • 11% – Conditionnement et formulation
    Électricité, vapeur, gaz.
  • 9% – Transport
    Particulièrement, le fret aérien entre les étapes de la chaîne.

Le portrait est un peu différent pour les dispositifs médicaux. Selon une étude de la même organisation en France, la répartition de l’empreinte carbone des dispositifs dans la plupart des cas (il peut y avoir des variations importantes selon le type de produit) est la suivante8 :

  • 52% – Matières premières
    Extraction et première transformation des matières premières (plastique, aluminium, acier, produits à base de bois, composants électroniques, etc).
  • 20% – Production
    Immobilisation, déplacements domicile-travail, stérilisation et autres traitements.
  • 10% – Transport
    Acquisition des matières premières et distribution des produits, particulièrement via fret aérien.
  • 7% – Fin de vie
    Gestion des matières résiduelles post-consommation.
  • 7% – Utilisation
    Consommation d’énergie requise pour utiliser le produit.
  • 4% – Emballages

À titre d’exemple, Novo Nordisk rapporte que 93% de ses émissions globales proviennent de sa chaîne d’approvisionnement.9 Pour Medtronic, c’est 77% des émissions de champ d’application 3 (toutes les émissions sauf celles liées à sa consommation directe d’énergie et à la consommation d’électricité) qui proviennent des produits et services achetés.10 Ça peut sembler massif, mais des solutions existent.

Les entreprises SVTS ne sont pas seulement concernées pour des raisons morales ou sociales. Elles le sont surtout pour des raisons très concrètes : leur performance opérationnelle et financière dépend directement de leur capacité à anticiper et gérer les risques climatiques, mais aussi à saisir les occasions de façon opportune.

Les risques opérationnels

1) Des chaînes d’approvisionnement fragilisées

Événements climatiques = retards, ruptures, pénuries, matériaux plus coûteux. La réputation peut aussi être entachée en cas de rupture de service (et potentiellement venir avec des risques sanitaires, voire des charges financières additionnelles). Ceci est particulièrement vrai dans le secteur des SVTS, où des vies peuvent être en jeu, comme nous l’avons tous vécu au plus fort de la pandémie de COVID-19.

2) Hausse du coût des intrants

Énergie, eau, matières premières : tout devient plus cher dans un contexte de rareté ou d’incertitude. Pour la production de médicaments par exemple, de nombreuses molécules sont issues de plantes dépendantes d’une biodiversité en santé.

3) Coût du carbone

Certaines juridictions appliquent déjà un prix sur le carbone. Ce prix pourrait augmenter ou s’étendre à d’autres types d’entreprises. Il en existe déjà un au Québec, mais pour l’instant il ne s’applique de façon obligatoire qu’aux plus grands pollueurs.

4) Absentéisme et santé du personnel

Les impacts sanitaires des changements climatiques touchent aussi les membres du personnel. Résultat : baisse de productivité, hausse des coûts de gestion des ressources humaines. Le secteur SVTS emploie du personnel qualifié, qu’il est difficile de remplacer lors de périodes d’absence.

Les opportunités – décarboner, c’est aussi :

1) Réduire les coûts

Optimiser les procédés, réduire les déchets, augmenter l’efficience énergétique, ce sont toutes des façons de faire moins de gaspillage, et donc de diminuer les dépenses à la source. Cela peut se faire simplement en révisant ses procédés, en formant le personnel et en choisissant des équipements plus performants. C’est vrai tant dans les bureaux, que dans les laboratoires ou dans les usines.

2) Se préparer à la réglementation

Certains marchés internationaux, particulièrement l’Europe, ont mis en place des exigences réglementaires sur la divulgation de la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) des entreprises pour accéder à leur marché. Même si la réglementation s’applique principalement aux grandes entreprises, ces dernières s’attendent des PME dans leur chaîne de valeur qu’elles se conforment. Les entreprises prêtes gagneront ces marchés ; les autres risquent de perdre leur accès ou, du moins, perdre en compétitivité.11

Au Québec, les obligations des entreprises liées aux emballages se renforcent d’année en année en raison du principe de la responsabilité élargie des producteurs : les entreprises qui mettent en marché des produits comprenant des contenants, emballages et imprimés au Québec doivent participer au financement du système de collecte sélective et appliquer les bonnes pratiques d’écoconception.12 Il en va de même pour les entreprises qui mettent en marché des objets piquants, coupants ou tranchants utilisés à des fins médicales, et qui doivent mettre en œuvre un programme de récupération et valorisation.13

3) Adopter l’économie circulaire

Revaloriser des matières, prolonger la vie d’un produit, il existe plein de façons innovantes de créer de la valeur là où on n’en voyait pas avant, même dans un secteur réglementé comme les SVTS.

Découvrez comment ChapTec, une entreprise qui vend divers solvants aux laboratoires, a adopté un programme pour réutiliser ses contenants tout en se conformant aux exigences de salubrité du réseau de la santé.

Lire l’histoire vraie

4) Gagner en compétitivité

De plus en plus d’appels d’offres incluent des critères environnementaux. Les fournisseurs bas carbone deviennent graduellement les partenaires privilégiés du réseau de la santé, à l’international, mais aussi domestiquement.

En effet, le réseau de la santé évolue et adapte déjà ses politiques pour améliorer sa propre empreinte. Le Centre d’acquisitions gouvernementales (CAG) a déjà adopté des recommandations pour les produits considérés comme écoresponsables.14 De nombreux CIUSSS mettent en place des politiques d’approvisionnement responsable, et des institutions comme le CHUM15 et le CUSM16 ont des plans pour atteindre la carboneutralité.

Ces exigences vont entraîner des répercussions significatives sur la demande envers les entreprises des SVTS. Une étude menée par Dunsky à la demande de l’ASPQ identifie une série d’interventions proposées pour réduire les émissions du réseau de la santé liées à sa chaîne de valeur17 :

  • plus de produits réutilisables, qui respectent l’impératif de prévention et contrôle des infections ;
  • des preuves d’empreinte carbone réduite qui facilitent ses pratiques d’approvisionnement responsable ;
  • des analyses de cycle de vie ;
  • des clauses environnementales dans les appels d’offres ;
  • des médicaments à plus faible impact carbone (particulièrement les inhalateurs) ;
  • une meilleure gestion des surplus.

Quand les donneurs d’ordre changent, toute la chaîne s’adapte. Les premiers qui répondent à l’appel protègent leur place.

Les avancées au Québec sont réelles, même si elles sont encore dispersées. Les pratiques écoresponsables les plus courantes dans le secteur SVTS demeurent les programmes de recyclage, la réduction du papier, et l’optimisation énergétique des bâtiments.18

Par exemple, l’entreprise Moderna a ouvert en 2024 un centre de production mRNA à Laval 100% aligné avec ses objectifs de réduction de son empreinte carbone19 :

  • toit réfléchissant pour réduire l’effet de chaleur,
  • maximisation de la lumière naturelle à l’intérieur,
  • chauffage 100% électrique incorporant une thermopompe,
  • recharge pour véhicules électriques,
  • aménagements extérieurs écologiques avec des plantes indigènes.

Des gestes intentionnels, concrets, mesurables, et reproductibles.

D’autres entreprises commencent à se démarquer par l’adoption de techniques d’écoconception dans le design de leur produit, c’est-à-dire que leurs designs prennent en compte l’impact environnemental de toutes les étapes du cycle de vie du produit, des matières premières utilisées, en passant par les procédés de production, jusqu’au traitement du produit final post-consommation. C’est une façon de réduire le gaspillage d’énergie et de ressources, de réduire les coûts, et de contribuer à réduire l’empreinte carbone.

Vous êtes avide d’explorer un exemple plus en profondeur?
Consultez notre étude de cas sur Ecolo Pharm,
une entreprise SVTS québécoise qui a pris le virage de la décarbonation et de l’écoconception et en a retiré un important avantage concurrentiel.
Ne manquez pas notre webinaire thématique du 6 mai 2026 à 12h15, où des représentantes d’Ecolo Pharm et de Montréal InVivo, la grappe des SVTS, seront présentes pour explorer davantage les défis et les résultats de la démarche de l’entreprise.

M’inscrire au webinaire gratuit

En parallèle, les géants mondiaux de la pharmaceutique poussent les PME de leur chaîne à s’améliorer. Novo Nordisk collabore de plus en plus avec des fournisseurs bas carbone sur des solutions innovantes qui lui permettent de se démarquer, par exemple avec le développement de glucose issu d’agriculture régénérative et la production de e-méthanol (un carburant de synthèse à faible empreinte).20

Le saviez-vous? En tant que consommateur, un petit geste est déjà possible et a beaucoup de valeur pour protéger l’environnement : rapporter à la pharmacie ses médicaments périmés ou non utilisés ainsi que ses objets médicaux tranchants. Encore plus important de le faire pour les inhalateurs, qui contiennent des gaz à effet de serre! Pour savoir si votre pharmacie ou votre lieu de travail est un point de collecte, consultez cette page.

Beaucoup d’entreprises SVTS innovent pour répondre aux exigences de donneurs d’ordre, surtout européens. Des start-ups émergent avec des produits bas carbone très compétitifs. Mais la majorité des PME québécoises n’ont pas encore embarqué.


Et c’est là qu’il y a le plus d’opportunités, parce que les gains potentiels sont grands et accessibles. Premier arrivé, premier servi pour répondre à une demande du réseau qui sera éventuellement inévitable. Encore plus pressant : une large partie des émissions du secteur peut être éliminée à coût nul, voire négatif, en tenant compte du retour sur investissement.

Selon McKinsey, pour des projections jusqu’en 204021 :

  • 60% des émissions dans le pharmaceutique peuvent être éliminées à coût nul ;
  • 70% des émissions dans les technologies de la santé aussi.

Les solutions les plus efficaces et les plus abordables? L’amélioration des procédés et de la circularité des ressources (ROI positif) et la transition vers des sources énergétiques propres (coût d’implantation estimé à moins de 100$ / tonne de CO2).22

Le secteur SVTS a un rôle unique : protéger et améliorer la santé humaine. Agir pour limiter l’ampleur des changements climatiques en réduisant son empreinte carbone, c’est exactement ça.

Les défis sont importants, mais les solutions sont réalistes. Les entreprises qui s’y engagent maintenant auront un avantage considérable en répondant aux futures exigences du réseau de la santé, en sécurisant leurs contrats, en réduisant leurs coûts, en attirant les talents et en renforçant leur résilience.

Vous aimeriez comparer le niveau d’engagement climatique de votre entreprise? Commencez par remplir le Baro-ÉclairTM, un quiz en ligne développé par QNP qui prend 10 minutes et vous assigne un profil type parmi cinq options possibles. À partir de votre profil, vous comprendrez mieux votre point de départ et serez plus apte à trouver des ressources adaptées à votre situation.
I
Découvrir le Baro-Éclair QNP
  1. GIEC, cité dans ASPQ, Santé et climat. ↩︎
  2. Somme des proportions des émissions liées aux achats d’équipements et chaîne d’approvisionnement (21%), médicaments et soins de santé (14%), et déchets (8%). Dunsky (2023). Décarbonation du secteur de la santé : diagnostic, trajectoire et stratégies. ↩︎
  3. KPMG pour Montréal InVivo, Valeur économique de la chaine d’innovation, 2025. ↩︎
  4. Emplois du secteur des SVTS selon l’enquête 2022, MÉIÉ ↩︎
  5. Emplois du secteur des SVTS selon l’enquête 2022, MÉIÉ ↩︎
  6. Institut de la statistique du Québec, Compte des émissions de gaz à effet de serre (GES) par secteur et par gaz, Québec, 2009-2023 ↩︎
  7. The Shift Project (2025). Décarbonons les industries des médicaments (Synthèse) ↩︎
  8. The Shift Project (2025). Décarbonons les industries des dispositifs médicaux ↩︎
  9. Novo Nordisk (2025). Annual Report ↩︎
  10. Medtronic (2025). Impact Report ↩︎
  11. Empreinte carbone (2025). CSRD : tout savoir sur la directive européenne ↩︎
  12. Éco Entreprises Québec. Entreprises : tout savoir sur votre rôle ↩︎
  13. Légis Québec (2025). Q-2, r. 40.1 – Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises ↩︎
  14. Gouvernement du Québec (2026). Plan des acquisitions gouvernementales ↩︎
  15. CHUM. Carboneutralité ↩︎
  16. CUSM (2025). Une première dans le réseau de la santé et des services sociaux du Québec : le CUSM se dote d’une feuille de route de décarbonation de ses bâtiments ↩︎
  17. Dunsky (2023). Décarbonation du secteur de la santé : diagnostic, trajectoire et stratégies ↩︎
  18. Pharmabio Développement (2022). Étude sur les pratiques et besoins de formation en matière de carboneutralité ↩︎
  19. Moderna (2024). Impact Report ↩︎
  20. Novo Nordisk (2025). Annual Report ↩︎
  21. McKinsey (2023). Accelerating the transition to net zero in life sciences ↩︎
  22. McKinsey (2023). Accelerating the transition to net zero in life sciences ↩︎
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Alizée Gouronnec
Directrice, impact et intelligence d’affaires, Montréal InVivo

Caroline Tremblay
Chargée de projet – formation et contenu, IMPACT

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